|

1. La GT
Bernard Friese, d'origine
allemande, était un ancien prisonnier de guerre qui
s'implanta dans le Kent après guerre. A la fin des années 50, il était
salarié
d'une société travaillant la fibre de verre. Giles Smith, quant à lui,
était bou-
cher
avant de s'attaquer à la construction automobile. Il rêvait de s'offrir sa
propre
voiture de sport en fibre de verre, matière dont l'usage se répandait
à
l'époque
chez les petits constructeurs.
GILes Smith et BERNnard Friese se
rencontrèrent de manière fortuite, et dé-
cidèrent d'associer leurs prénoms pour créer la raison sociale de leur
société.
Giles Smith était le principal apporteur de capital dans l'affaire.
Les deux associés
construisirent leur première voiture dans un garage attenant
à la boucherie de Giles. Un poirier dut être abattu pour sortir la voiture
termi-
née
du jardin !
En mai 1960 la GT
était testée par Autosport et la réaction des journalistes fut
très favorable. Les trios ou quatre premières voitures furent alors
construites
dans ce petit garage. La
production en plus grande série commença dans une
ancienne usine situés à Llantwit Fadre, en Pays de Galles.
Selon l'habitude des petites
marques anglaises de cette époque, la vente pou-
vait
se faire au choix du client sous forme de voiture complète, ou en kit que
l'acheteur devait assembler lui-même, afin d'économiser les lourdes taxes qui
pesaient sur les voitures prêtes à rouler. En 1961, première année de
produc-
tion, onze
exemplaires sortirent de la petite usine. La nouvelle entreprise com-
ptait
alors
cinq salariés.
La carrosserie de cette sportive
(illustration en haut de cette page) était en
matière plastique. Sa longueur était de 391 cm, sa largeur de 152 cm, sa
hau-
teur de 133 cm, et son poids de 825 kg.
En 1962, la production atteignait
une voiture par semaine, et l'équipe était
alors
composée d'une vingtaine d'employés. Un moteur MG de 1,6 litres (origine
MGA)
fut proposé en complément des modestes moteurs BMC.
Dès 1963, il fut remplacé par un
moteur MGB. L'auto prenait alors la dénomina-
tion de Gilbern 1800 GT, et bénéficiait au passage d'une finition plus
soignée.
Cette version se différenciait de l'extérieur par l'adoption de
déflecteurs de
portes. Sa vitesse de pointe atteignait 170 km/h.

Des tentatives de
ventes sur les marchés étrangers furent entreprises à cette
époque. Ainsi quelques rares exemplaires ont été vendus aux USA, mais la
plu-
part du temps les affaires demeurèrent concentrées sur le marché intérieur
En 1965, Gilbern fut admis parmi
les vrais constructeurs au Salon de Londres,
et disposa de son propre stand, en tant que membre de la Chambre syndicale
des constructeurs (SMMT). Une nouvelle version de sa GT y fut exposée. En
effet, outre le moteur MG B (1.8 litre, 96 ch), une motorisation Ford
Zephyr
4 cylindres en V (2 litres, 95 ch) était commercialisée. Seulement 4
voitures
équipées de ce moteur peu performant furent produites, avant d'êtres recon-
verties ultérieurement avec des moteurs MG B. Il fut produit un total de
202
Gilbern GT.
2. La Genie
Un modèle plus ambitieux et plus
puissant, la Génie fut présenté au salon de
Londres en 1966. C'était vraiment un nouveau défi pour l'entreprise. L'acqué-
reur pouvait s'orienter vers une mécanique Ford Zephyr V6 2.5 litres ou
Ford
Zodiac 3.0 litres. Le train avant était d'origine Austin Healey et
la direction
empruntée à la MGB.
La Génie affichait 965 kg sur la
balance, pour une longueur de 404 cm, une
largeur de 165 cm et une hauteur de 132 cm.
Le prix catalogue de cette nouvelle
venue était de 1425 £ en 1967, contre 1115
£ pour la 1800 GT en fin de production. Peu économique à l'usage, mais
perfor-
mante (vitesse de pointe de 193 km/h), la Génie fut rapidement remplacée
par
l'Invader.

Depuis les débuts
jusqu'en 1968, l'entreprise parvenait tout juste à un équili-
bre
financier. Les fondateurs ne souhaitaient pas vraiment s'endetter à
l'ex-
trême
pour développer le volume de production.
Un groupe, mené par la famille
Collins, reprit les rênes de l'affaire. Giles quitta
rapidement l'entreprise, mais Bernard resta quelques temps pour assurer le
développement de la Génie et préparer l'arrivée de l'Invader.La famille
Collins
injecta des capitaux, afin d'embaucher du personnel et d'accroître le volume
de
production. Le nombre de salarié atteint ainsi 60 personnes.

Si 100 voitures furent fabriquées
en 1969, le niveau ne dépassa pas 60 unités
en 1970, pour redécoller aux environs de 200 voitures en 1971 et 1972 avec
l'Invader. La Génie, pour sa part, fut fabriquée à 197 unités.
3. L'Invader

A partir de 1969, l'Invader
(Envahisseur en français) succèda à son tour à la
Génie. Esthétiquement, elle différait peu de sa devancière. Son chassis
était
toutefois considérablement modifié. La presse de l'époque fut assez critique
sur le
comportement routier de l'Invader
L'invader Mk 2 livrée
à partir de 1971 avait un chassis corrigé et une meilleure
habitabilité. Sur la base de la Mk 2 fut aussi développée et produite une
ver-
sion
Invader Estate (break 2 portes)

La Mk 3 vendue à partir de
septembre 1972 ne faisait plus appel qu'à des com-
posants Ford. De plus, elle n'était vendue qu'entièrement montée.
Esthétique-
ment, l'équipement en pneus plus gros nécessita le renflement des passages
de
roues, et la calandre devint plus large.

L'usine avait
également élaboré des plans pour lancer une voiture complètement
nouvelle, la T11. Cela devait être une deux places (dans l'esprit de la
future AC
3000 ME), à moteur arrière équipée du moteur de l'Austin Maxi (pas très
exci-
tant). Un prototype fut fabriqué et testé, ainsi que des pièces pour au
moins
deux autres voitures. Ce projet fut enterré à la vue du maigre marché
potentiel.
Le manque de rationalité de la
production dans des batiments anciens, de nou-
velles normes de sécurité
obligatoires, la suppression des avantages fiscaux
liés aux voitures achetées en kit, ainsi que la crise du pétrole mirent
l'entre-
prise dans une situation de plus en plus difficile. En juillet 1972 la
famille Collins
décida de se retirer de l'affaire. Elle ne souhaitait plus financer avec
ses
autres
affaires bénéfiaires les pertes constantes de Gilbern.
Un nouveau
repreneur, Michael Leathers, acheta la société au prix symbolique
d'1 £. Il tenta de progresser sur le contrôle de la qualité, sur
l'optimisation
des temps de production et sur la productivité en général. Mais les dettes
de
l'entreprise étaient trop lourdes, et le niveau de production encore trop
faible
ne permettait pas d'obtenir un équilibre financier. Pour que l'affaire
soit renta-
ble, il aurait en effet fallu envisager une production de 400 à 500
voitures par
an.
La fabrication d'un
prototype de Mk 4, caractérisé notamment par une meilleu-
re habitabilité, fut entamé mais jamais terminé. La production fut
interrompue,
jusqu'à ce qu'un nouvel investisseur, Anthony Peters s'associa avec
Michael
Leathers. Toutefois, en mars 1974, la production cessa définitivement.
Jus-
qu'en 1979, il y eu divers plans de reprise de l'activité, mais aucun
n'aboutit.
Les chiffres de production du
Gilbern Owner's Club Ltd font état de 78 Mk I,
212 Mk II, 104 Mk II Estate et 212 Mk III.

Le tableau de bord
de l'Invader |